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UN LIEU DE CREATION EN DANGER

Au départ, dans les années 1880, c'était une grange, enfin, peut être même une porcherie. Lorsque nous sommes arrivés ici, vers 1991, ce n'était qu'un bâtiment abandonné. Une chouette effraie habitait à l'étage ainsi qu'une fouine et quelques rats. Cela ressemble au début d'une Fable de Jean de la Fontaine. Et lorsque le théâtre a déboulé dans nos vies et que nous n'avions aucun espace accessible pour répéter, nous avons installé nos rêves dans la vieille grange.

Comme la toiture baillait alors au quatre vents, et surtout à la pluie, nous nous déplacions entre les seaux qui récupéraient l'eau du ciel de Normandie. La température extérieure était égale à celle de l'intérieur. En 18 ans le lieu a bien changé. De la presque ruine, a jaillit un lieu  chaleureux, adapté au travail théâtral. L'espace est bienveillant et le temps s'y écoule dans des dimensions autres que celles du reste du monde. Les velours des pendrillons nous entourent comme le feraient des bras amicaux, les lumières qui descendent des cintres n'ont qu'une volonté, mettre en avant les récits qui s'inventent et se  gravent dans l'espace du plateau.

Après tant d'années à le mettre en place, en faisant des choix, en renonçant à bien des choses afin d'avancer dans l'existence du lieu, sa reconstruction, des ingénieurs de la SNCF ont décidé de faire passer une route axe pour convois exceptionnels derrière le mur de la Grange sans même savoir ce qui s'y vivait à l'intérieur. 8 000 véhicules jours, en début de côte, cela fait autant de moteurs, pollution sonore auxquelles nous ne savons faire face.

Nous nous sommes tournés vers des professionnels de lieux de spectacles. Nous sommes dans une période charnière, les rêves et les projets continuent à avancer, malgré la menace qui pèse sur l'avenir du lieu. La culture au coeur de la ruralité, la sauvegarde du patrimoine architectural, et la création artistique Normande, n'ont  aucun poids face aux volontés économiques, politique du port du Havre.

En effet la volonté de développer les trains de fret transportant de la marchandise provenant de Chine,  exige la fermeture des passages à niveau de Ferrières en Bray et nécessite un contournement routier, par facilité, derrière la Grange.

Le peu de considération de nos existences est révoltant. Le terrain sous le lieu de création est sujet à l'expropriation. Nous contestons cette expropriation qui rapprocherait la route du bâtiment. Aujourd'hui, le dossier est dans les mains de notre avocat. 

 

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Un lieu de création artistique en danger !

 C’est l’histoire d’une petite culture du Pays de Bray. C’est l’histoire d’un petit théâtre du Pays de Bray. 

C’est, aussi, l’histoire d’une petite Grange du XIX siècle. Sa raison d’être première n’existait plus. La ferme avait depuis longtemps cessée d’exister.

Et puis sont arrivés, ces poètes, ces amoureux d’arts et de théâtre, ces fous d’histoires à raconter aux autres. Du bâtiment en ruine, ils ont redressé la toiture,  réparé le sol, cassé les vieilles mangeoires et réveillé la grange de son silence poussiéreux. Au fil des ans, des spectacles, des aventures, des lectures, des chants, les travaux en parallèle ont avancé. Les bâtisseurs de rêves ont donné peu à peu vie…  à un théâtre. On s’y retrouve, on invente, on échange, on crée, on vit, on partage.

Et puis les hommes de l’ombre, du profit, des visions d’égo surdimensionné, de pouvoir, d’argent, sont apparus. ces hommes vont tout détruire. Détruire les haies, les arbres centenaires, détruire la paix qui entoure le petit théâtre. Bâtir des axes routiers pour convois exceptionnels, fermer le vieux passage à niveau pour gagner du temps et donc de l’argent avec des trains de fret. Les Hommes de l’ombre ne se soucient, ne se préoccupent que de leurs ambitions, et s’il faut pulvériser, et bien allons-y pulvérisons. Quelle importance ? Quelle rentabilité ? Quel pouvoir ?

Le petit monde de la vieille Grange n’aura pas sa voix, écrasé par les moteurs de 5 000 véhicules jours en début de montée de côte. … 5000 véhicules jours, tous les jours, le long du mur du petit théâtre qui n’a pas de fondation, qui est de briques bâtit.  

Comment pouvoir créer, jouer dans le bruit des moteurs des convois exceptionnels, dans une côte, en sortant d'un rond point, 5 000 fois par jour ?  La Grange est un lieu vivant. Une chose insaisissable mais chaleureuse vit là.  Elle se fait juste sentir au cœur des créations, comme un frôlement qui  ouvre les portes invisibles.  Ils vont tout détruire si on ne fait rien. Ils vont détruire. Avant-hier, ils sont venus faire des forages à quelques mètres du mur et ils sont revenus ce matin. Des carotages, à 3m à peine du mur protecteur de la Grange.

Voir mourir le théâtre est une déchirure sans nom. L’idée même est une brûlure d’acide.  Fermer  un lieu de création, même tout petit, même de ruralité, même… C’est impossible, n’est-ce pas ?

Théâtre, c’est à toi que je m’adresse, à toi et à ceux qui te servent, tous ceux qui te servent,  tous ceux qui t'aiment ici, ailleurs, partout :

Théâtre, aujourd’hui, n'ayons qu’un rêve : que tu vives.!

      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Octobre 2017

Le soutien de François Bourcier et d'Emilie Génaédig  dans la Grange et le spectacle RACE(S)

 

  article Paris Normandie